Hamlet... en 5 anecdotes

Il y a beaucoup de choses à dire sur "Hamlet"...

Alors pour satisfaire votre curiosité, on vous a concocté 5 des meilleures anecdotes autour de l'œuvre. 

 

1°Le compositeur sur son île déserte

C’est son ami Hyacinthe du Portal du Goasmeur, un aimable mécène, qui lui avait fait découvrir la Bretagne et qui, par l’entremise de sa sœur, lui permit d’acquérir Illiec, l’une des petites îles encore désertes de l’archipel du Buguélès, dans les Côtes d’Armor. À partir de 1876, Ambroise Thomas y fait construire par l’architecte Clerget une maison, non sans mal d’ailleurs, car la mer n’est pas toujours clémente sur la côte de granit rose. Il faudra des digues de protection pour sécuriser le manoir sans prétention du grand musicien, un lieu de repos pour lui car il n’y compose guère. Après sa mort, sa veuve y recevra de nombreux amis. Puis la maison et l’île seront cédées, en 1937, au célèbre aviateur Charles Lindbergh.

 

 

2°Un Hamlet collectionneur d’art

Sur la scène de l’Opéra et de l’Opéra-Comique, à Paris, il fut le grand baryton des années 1860 à 1880, chantant Méphisto, Don Giovanni, Escamillo, Figaro et bien d’autres rôles encore. Jean-Baptiste Faure était un interprète si émouvant, si intense, si exigent envers lui-même, qu’Ambroise Thomas n’hésita pas à changer pour lui la tessiture du rôle-titre d’Hamlet, initialement pensé pour un ténor. Mais on a oublié que cet artiste formidable fut en outre le collectionneur inspiré d’un art qui était alors à la pointe de la modernité. Les tableaux impressionnistes dont il s’était rendu acquéreur firent grand effet lors de la vente qui eut lieu peu après sa mort en 1914. Il possédait notamment plusieurs toiles de son ami Edouard Manet, dont un portrait de lui-même en costume de Hamlet. 

 

3°À Nantes, la casquette de Guillemot

Au Théâtre Graslin, le baryton vedette des années 1870 s’appelait Guillemot. Il fut bien entendu le Hamlet de la création locale, en avril 1877, neuf ans après la première parisienne. A cette occasion, Etienne Destranges rapporte le succès de l’ouvrage et une anecdote des plus amusantes : « Ce fut un triomphe véritable. L’excellent artiste fut couvert de palmes et de couronnes. Un incident assez comique signala la représentation. On vit, tout à coup, un spectateur des quatrièmes se lever en s’écriant : ‘ Tiens Guillemot, je n’ai que ma casquette à te donner ; la voilà ! ‘, et il jeta son couvre-chef sur la scène. Ce bizarre hommage fut des plus sensibles au baryton qui conserva toujours la casquette graisseuse de son humble admirateur. » Ajoutons qu’un an auparavant, le 25 avril 1876, Guillemot avait été blessé dans l’incendie du Théâtre des Arts de Rouen, survenu mois d’une heure avant son entrée scène dans le même rôle d’Hamlet.

 

 

4°Un autre Hamlet... nantais

L’histoire a retenu du compositeur Aristide Hignard qu’il mit en musique, à Paris dans les années 1850, de petits opéras-comiques dont le jeune Jules Verne lui fournissait les livrets. Les deux jeunes gens étaient tous deux nés à Nantes, à six ans d’intervalle, et ils devaient rester d’excellents amis. En 1868, Hignard entreprend la composition de ce qu’il espère être son passeport pour le succès, un « grand » opéra, Hamlet, qu’il va peaufiner avec beaucoup de soin. Malheureusement, celui d’Ambroise Thomas est presque terminé et déjà programmé à l’Opéra de Paris. Hignard va faire imprimer sa partition… et la ranger aussitôt : aucun espoir, désormais, de « placer » son ouvrage. Pourtant, le 21 avril 1888, le Hamlet du compositeur nantais est tout de même créé, au Théâtre Graslin, et remporte un succès qu’on devine teinté de chauvinisme. Certains journalistes se sentent obligés de dénigrer l’ouvrage de Thomas. Peine perdue. Cette création restera sans lendemain et Hignard mourra, dix ans plus tard, sans avoir revu son opéra sur scène – où il n’a jamais reparu depuis lors.

 

 

5°Nos Ophélie d’outre-Atlantique

Aucun rôle n’est plus typiquement français que celui d’Ophélie dans le Hamlet d’Ambroise Thomas. L’héroïne de Shakespeare y est une soprano colorature dans la grande tradition de notre opéra romantique et post-romantique. La Fille du Régiment de Donizetti, Dinorah dans Le pardon de Ploërmel, Lakmé, Olympia dans Les contes d’Hoffmann, toutes sont des sopranos légers, suraigus et agiles, à l’image de leurs interprètes d’hier, Mado Robin, Mady Mesplé, Natalie Dessay, ou d’aujourd’hui, Patricia Petibon et Sabine Devieilhe. « Nos » Ophélie, dans cette nouvelle production d’Hamlet nous viennent cependant d’Amérique du Nord. Mais elles sont bel et bien francophones et elles chantent notre langue avec un perfectionnisme dans la diction qui ravira les puristes. Marianne Lambert était la saison dernière la fée de la Cendrillon de Massenet sur nos scènes de Nantes et Angers. Et sa consœur Marie-Eve Munger, elle aussi québécoise, a débuté dans le même rôle, presque autant périlleux que celui d’Ophélie, la saison dernière au Lyric Opera de Chicago.